Anaëlle Sanzey intervient depuis des années auprès des parents, des professionnels de l’enfance et des élèves d’élémentaires. C’est en constatant le faible nombre d’ouvrages pour accompagner ces familles qu’elle a souhaité leur donner un beau livre outil pour que toutes les familles en profitent. Elle est également maman et belle-maman de 5 enfants de 5 à 14 ans.

 

Cette rentrée a été mouvementée pour beaucoup d’enfants, le stress de la première fois, les changements d’établissement, plus la situation sanitaire actuelle ont pu mettre en mal certaines familles. As-tu la sensation que la rentrée 2021 ait été plus compliquée pour les enfants, les parents, ou les enseignants ?

Chaque année, la rentrée scolaire est source de vives émotions, pas forcément toutes désagréables d’ailleurs, il peut y avoir de l’impatience, de l’excitation, de la joie de faire de nouvelles découvertes ou de retrouver ses camarades après 2 mois de séparation. Puis dans cette effervescence de la rentrée, il y a un stress qui est palpable : celui des enfants, mais également celui des parents, qui ont tous une histoire d’école derrière eux, et qui devient souvent le filtre au travers duquel ils observent leurs enfants construire leur propre histoire d’école.

Effectivement, depuis deux rentrées maintenant, s’ajoutent les mesures sanitaires qui ne facilitent pas la transition maison/école.

Avec les petits qui font notamment leurs premiers pas à l’école, entourés de visages masqués et qui ne peuvent plus être accompagné jusqu’au porte-manteau ou à l’entrée de la classe, nous sommes obligés à contre coeur de les laisser au portail de l’école. Cela demande aux parents comme aux enseignants de faire preuve d’un peu de créativité pour accompagner cette transition différemment.

Ce temps de réassurance et d’au revoir qui était autrefois vécu tout près de la classe, à visage découvert, peut se faire par exemple, un peu plus loin que le portail, masque baissé, à hauteur d’enfant pour créer une petite bulle de douceur et de calme avant le grand 8 de la journée d’école.

Côté enseignants, c’est également compliqué pour eux d’être dans le respect des mesures sanitaires et dans le respect des besoins du jeune enfant et de la bienveillance. Là encore ça demande de la créativité pour faire cohabiter les deux.

Certains enseignants accrochent un portrait d’eux sur leur tee-shirt afin que les enfants puissent visualiser leur visage au complet. Ça ne remplacera jamais un visage nu et en mouvement avec la multitude d’informations qu’il transmet ( et qui aide à la création d’une relation de confiance et à comprendre plus aisément les attentes de l’enseignant ) mais c’est déjà ça !

On parle souvent des incroyables capacités d’adaptation des enfants… mais à quel moment un parent peut-il se dire que son enfant n’est plus dans la phase d’adaptation, mais vraiment en mal-être ?

Pour commencer, que notre enfant semble s’adapter facilement ou non, il est important de parler avec eux de ces mesures sanitaires, dès la maternelle. Pour poser des mots sur des choses qu’ils ressentent probablement sans réussir à les verbaliser ou bien même à les comprendre.

J’encourage vraiment les parents à le faire sans faire peser sur leurs enfants le poids de leurs opinions ou de leurs émotions à propos de la période que nous traversons.

Plutôt d’une façon neutre pour laisser toute la place au vécu de l’enfant et non occuper l’espace avec leurs propres préoccupations, leur propre peur, leur propre colère… L’idée c’est d’offrir et d’ouvrir un espace que l’enfant peut occuper avec ses propres opinions, ses propres peurs, ses propres colères si c’est cela qu’il ressent.

Par ex. : « Oh, c’est tellement pénible de ne pas voir le visage de la maitresse. C’est tellement mieux de voir tout le visage, de voir la bouche parler et les sourires aussi », évitons de rajouter : « En plus ça ne sert à rien du tout les masques, c’est n’importe quoi ! ». Ou bien : « Mais si on ne porte pas le masque, on risque d’être malade et de mourir ! » Il y a des moments pour transmettre nos valeurs et partager nos idées et d’autres moments pour laisser toute la place à ce que vivent et ressentent nos enfants.

Pour revenir à la question de départ, c’est en prenant le temps d’observer nos enfants dans les petites choses du quotidien que l’on parvient souvent à sentir s’ils sont en souffrance. Soyons vigilant à la façon dont ils jouent ou ne jouent pas, à la façon dont ils investissent ou pas la vie de famille (dans les temps partagés, les conversations, les jeux…) et leur relation à la nourriture, au sommeil… Souvent, les enfants, qui se sentent mal, laissent de petits indices par-ci, par-là. Nos vies à 100 à l’heure ne nous permettent pas toujours d’y prêter attention. Cela nous demande parfois de décider de ralentir la cadence pour juste observer ce qui se vit sous notre toit.

Je suis la première à me dire parfois : « Mince alors ! Tous les indices étaient là, mais je n’ai rien vu tellement j’étais (pré)occupée ! » Nous sommes souvent tellement connectés PARTOUT que nous nous retrouvons déconnectés du cœur de nos enfants.

Si tu devais donner juste 3 petits conseils à nos lecteurs pour que leur enfant soit dans les meilleures dispositions possibles le matin pour aller à l’école, qu’est-ce que ça serait ?

Je n’aime pas tellement donner des conseils, ils ne sont pas toujours applicables à la vie et à la personnalité de chacun. Je vais plutôt donner des pistes et vous laisser les modeler pour qu’elles vous correspondent.

1. Nous avons besoin de nous sentir bien dans nos têtes, dans nos corps et dans nos cœurs pour augmenter nos chances de vivre des journées agréables ( à l’école, comme au travail ).
Tout ce qui nourrit nos corps, nos têtes et nos cœurs contribuent donc à offrir les meilleures dispositions possibles pour aller à l’école. Pas seulement, les matins d’école, de 7h à 8h30, mais 7/7 jours 24/24h.

2. J’aime dormir et le matin, je suis souvent tentée de repousser mon réveil juste pour grappiller 3, 5, 10 minutes de sommeil qui ne changeront assurément rien à mon stock d’énergie pour la journée, mais qui par contre, peuvent avoir un gros impact sur la façon dont vont se dérouler les préparatifs avec les enfants.

Parfois je me rends bien compte que la crise des coutures de chaussettes qui a duré 10 minutes, le bol renversé ou l’oubli du sac à la maison ne m’aurait pas mise en retard si j’avais laissé mon réveil à l’heure prévue… Mais aussi ces 10 minutes m’auraient également  peut-être permises de ne pas dire à ma petite dernière «Dépêche-toi !» 10 fois/par minute (oups ! )

Au final, j’apprécie tellement mes matins relax où je peux me permettre de m’asseoir quelques minutes avec les enfants pendant le petit-déj, inventer une histoire avec ces terribles coutures de chaussettes pour rendre cet inconfort plus amusant, ou encore voir des étincelles dans les yeux de ma fille quand je lui dis qu’il reste du temps pour jouer avant le départ… Je pose ça là, je vous laisse en faire ce que vous voulez 😉

PS: Malgré tout, il m’arrive encore de repousser le réveil (rire).

3. Nos enfants auront toutes sortes de montagnes à gravir. L’école en est une… plus abrupte pour les uns que pour les autres. C’est tellement plus sympa de gravir une montagne bien renseigné, confortablement équipé et accompagné de personnes de confiance, à l’écoute de ce que l’on ressent et prête à nous tendre la main sans jugement en cas de chute.

“On peut difficilement rester bienveillant envers les autres (petits ou grands) si nous ne prenons pas soin de nous et de nos réservoirs émotionnels.”

Quid des parents qui stressent et pour qui accompagner les émotions de leurs enfants est compliqué. Que leur dirais-tu ?

Je leur dirais que je comprends tellement. Accompagner les émotions de nos enfants demande de l’énergie et une certaine disponibilité émotionnelle que nous n’avons pas toujours.

Pour grand nombre d’entre nous, cela demande aussi d’apprendre à le faire, car malheureusement, nous sommes peu à avoir été accompagné de la sorte et il est difficile d’offrir ce que nous n’avons pas reçu.

Quand je suis devenue maman, en premier, j’ai dû apprendre à accueillir mes propres émotions avant d’accueillir celles de mon enfant. Plus j’essayais d’accueillir les siennes en taisant les miennes, plus je montais en pression, je me sentais vampirisée par ses besoins, je ressentais de l’injustice et donc de la colère. À l’intérieur de moi (parfois aussi à l’extérieur), ça hurlait : « il n’y a pas que toi qui existes  ! Moi aussi j’ai des besoins, moi aussi j’ai envie de pleurer parfois, MOI AUSSI je voudrais bien que l’on m’écoute » !

On peut difficilement rester bienveillant envers les autres (petits ou grands) si nous ne prenons pas soin de nous et de nos réservoirs émotionnels.

On dit souvent que la communication entre l’école et les parents est fondamentale, malheureusement beaucoup de parents ne savent pas comment amorcer une discussion ou ne trouvent pas toujours les mots pour que le mal être de leur enfant soit pris en considération. Aurais-tu des conseils à leur donner ?

La communication parent/professeur (dans un sens comme dans l’autre) n’est pas toujours très fluide effectivement. Pour travailler avec les uns comme avec les autres, je peux vous dire que beaucoup d’enseignants ressentent la même anxiété que les parents lors d’un entretien.

D’un côté comme de l’autre, nous craignons d’être remis en cause sur nos compétences (parentales, éducatives, pédagogiques, professionnelles…) et nous pouvons alors nous mettre sur la défensive, ce qui n’aide pas à un échange apaisé.

Puis se retrouver assis en classe, parfois sur une petite chaise, peut déclencher chez nous des « souvenirs » (conscients ou pas) et nous replonger dans une posture d’élève face au professeur, ce qui peut nous décontenancer. 

Je vous invite à poser des mots sur cet inconfort pour crever l’abcès.

Exemple : «C’est toujours un peu stressant ces rendez-vous. On se rencontre pour parler d’une difficulté et personne n’a envie de voir ses compétences remises en question, que l’on soit enfant, parent ou enseignant. C’est important pour moi que vous sachiez que je souhaite que l’on travaille en équipe pour le bien-être et la réussite de *prénom de l’enfant*. »

Au pire, l’enseignant ne verra pas de quel stress vous parlez, mais il sera informé de votre état d’esprit constructif. Au mieux, il partageait votre ressenti et se sentira certainement soulagé que vous ayez osé poser des mots dessus.

Le mot de la fin d’Anaëlle

Pour conclure cette interview, je voudrais vous dire que vous allez certainement faire de nombreuses erreurs et que vos enfants vivront certainement des situations pénibles ou douloureuses au cours de leur scolarité et ça, peu importe le lieu de scolarisation et la meilleure volonté du monde des adultes qui les accompagnent.

Ce qui fait des enfants forts, ce n’est pas l’absence d’erreurs, l’école, les parents ou les enseignants parfaits, mais c’est d’avoir dans leur vie des adultes parfaitement imparfaits. L’essentiel réside dans le fait de rester sensibles à ce qu’ils vivent et désireux de les accompagner avec respect et humilité.

Merci, Anaëlle, de nous enseigner sans jugement ni culpabilité comment accompagner et légitimer les émotions de nos enfants (et les nôtres !).

Des émotions plein le cartable

 

Écrit par la formatrice, conférencière et consultante en communication relationnelle Anaëlle Sanzey et illustré par la toujours excellente Cévany (@cevany_et_cie) (Nos différences physiques, June et sa famille, June et sa fratrie, La cascade, Le bonheur est partout pour qui veut bien le voir ).

Ce livre-outil est le compagnon idéal des premières années d’école, de 3 à 9 ans. Un ouvrage qui fera voyager toute la famille au cœur des émotions pouvant être vécues à l’école. Chaque page offre un espace d’échange au sein duquel enfants, parents et éducateurs découvrent les émotions que vivent Marius, Amicie, Naomi ou Jiao, et des pistes d’accompagnement bienveillant.

Aussi, l’adulte trouvera à chaque page un encart “Le saviez-vous ?” pour lui permettre d’aller plus loin.

Séparation le matin avec les parents, frustrations, manque de la famille durant la journée, excitation et trop plein d’émotions, toutes ces situations communes que vivent tous les enfants se trouvent dans ce livre avec de vraies solutions à essayer ensemble !

 

Pour  contacter Anaëlle Sanzey : 

www.jecommuniqueautrement.org / jecommuniqueautrement@gmail.com

 

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